Archivage des factures électroniques : durée de conservation légale et valeur probante

Vérifié le
L'archivage électronique des factures répond à deux obligations légales distinctes et cumulatives, et non à une simple recommandation. Ce régime constitue une obligation légale pour toutes les entreprises assujetties à la TVA. Sur le plan fiscal, les documents sur lesquels l'administration fiscale peut exercer ses droits de contrôle, dont les factures électroniques doivent être conservées, doivent l'être pendant un délai de 6 ans à compter de la dernière opération, en application du Livre des procédures fiscales. Sur le plan commercial, les documents comptables et les pièces justificatives, y compris les factures que les entreprises émettent ou reçoivent, doivent être conservés pendant 10 ans, ce délai courant à compter de la clôture de l'exercice, en application du Code de commerce : c'est la règle des factures électroniques pendant 10 ans la plus souvent retenue en pratique. En pratique, une entreprise applique la durée la plus longue pour couvrir les deux obligations légales à la fois et répondre aux obligations fiscales comme commerciales en une seule fois. Au-delà de la durée, un archivage légal doit sécuriser l'authenticité, l'intégrité et la lisibilité de la facture au format électronique pendant toute la période de conservation des factures électroniques : on parle alors d'archivage à valeur probante, exigence qui vaut pour chaque facture doit y répondre, qu'elle soit émise ou reçue.
Combien de temps faut-il archiver une facture électronique ?
Deux durées de conservation coexistent et répondent à des textes différents. La durée fiscale est de 6 ans à compter de la date de la dernière opération mentionnée sur les documents, conformément à l'article L102 B du Livre des procédures fiscales : cette durée légale s'applique en cas de contrôle fiscal, l'administration fiscale pouvant exiger la présentation des factures archivées pendant cette période. La durée commerciale est de 10 ans à compter de la clôture de l'exercice comptable, conformément à l'article L123-22 du Code de commerce, une durée pensée notamment pour couvrir un éventuel litige commercial entre un fournisseur et son client. Comme ces deux durées légales de conservation ne coïncident pas, les règles de conservation des factures recommandent en pratique de conserver vos factures électroniques pendant 10 ans, la durée la plus longue des deux, plutôt que de gérer deux échéances distinctes pour les mêmes documents. Cette obligation de conserver les factures s'applique aussi bien à une facture au format électronique qu'à une facture papier plus ancienne, avec la même rigueur sur les règles de conservation.
Qu'est-ce que l'archivage à valeur probante ?
Un archivage à valeur probante est un système d'archivage électronique qui garantit qu'une facture électronique conserve sa force probante devant l'administration fiscale ou un tribunal en cas de litige, du jour de son émission jusqu'à la fin de sa durée légale de conservation. Ce n'est pas un simple stockage de fichiers : un dossier de factures copié sur un disque dur, sans contrôle technique, ne constitue pas un archivage à valeur probante au sens de la réforme de la facturation électronique. Chaque entreprise assujettie à la TVA qui reçoit des factures électroniques ou qui émet et transmet ses factures doit vérifier que son système d'archivage électronique répond à ces exigences, que la facture provienne de sa propre plateforme agréée (anciennement appelée plateforme de dématérialisation partenaire) ou d'un prestataire d'archivage dédié chargé d'archiver les factures électroniques pour son compte. La transmission de vos factures via une plateforme agréée ne dispense jamais de vérifier ensuite que l'archive produite conserve sa valeur légale dans le temps.
Archivage électronique ou simple sauvegarde : quelle différence ?
Une facture électronique ne se conserve pas comme un fichier ordinaire. Un dossier partagé, un disque externe ou un service de stockage cloud grand public permet certes de retrouver un document, mais ne prouve ni les contrôles effectués ni l'absence de modification depuis sa réception : ce n'est pas ce qu'exige la loi. Un dispositif dédié, souvent désigné par le sigle SAE ou par l'expression coffre-fort électronique lorsqu'il est proposé comme service, organise au contraire cette conservation dans la durée pour garantir en continu l'authenticité de son origine, l'intégrité de son contenu et sa lisibilité, avec une traçabilité complète des accès et des éventuelles modifications. Le résultat compte plus que l'outil choisi : peu importe qui gère la conservation, en interne ou via un tiers spécialisé, la facture doit rester dans cet état jusqu'à la fin de sa période de conservation. Une entreprise qui s'en charge elle-même doit pouvoir en apporter la preuve en cas de besoin ; un service d'archivage professionnel l'intègre en principe nativement à son offre.
Authenticité, intégrité, lisibilité : les 3 critères de l'archivage électronique
L'article 289 du Code général des impôts pose trois critères cumulatifs pour toute facture, électronique comme papier : l'authenticité de son origine, l'intégrité de son contenu et sa lisibilité, à compter de son émission et jusqu'à la fin de sa période de conservation. L'authenticité consiste à garantir que l'émetteur de la facture est bien celui qu'il prétend être : certains dispositifs techniques, comme une signature électronique qualifiée ou un cachet électronique, peuvent contribuer à sécuriser cette authenticité, sans que leur usage soit imposé comme unique moyen possible pour toutes les entreprises. L'intégrité garantit la non-modification de la facture après son émission : son contenu doit rester identique tout au long du cycle de vie des factures, de l'émission jusqu'à l'archivage final, une exigence qui vaut aussi bien pour les factures que l'entreprise émet que pour celles qu'elle doit recevoir des factures électroniques de ses fournisseurs. La lisibilité, enfin, garantit qu'une facture électronique conforme reste consultable et compréhensible pendant toute la durée légale de conservation, y compris si le logiciel de facturation électronique utilisé à l'émission change ou disparaît entretemps.
Obligation fiscale (6 ans) ou obligation commerciale (10 ans) : quelle différence ?
Les deux obligations ne poursuivent pas le même objectif. L'obligation fiscale, fondée sur le Livre des procédures fiscales, répond aux obligations fiscales de l'entreprise envers l'administration fiscale et couvre les cas de contrôle fiscal : elle court sur 6 ans depuis la dernière opération. L'obligation commerciale, fondée sur le Code de commerce, répond à un objectif de preuve entre partenaires commerciaux en cas de litige, et court sur 10 ans depuis la clôture de l'exercice. Les entreprises n'ont pas à choisir entre les deux : toutes les factures relèvent en réalité des deux obligations légales en même temps, ce qui explique pourquoi la durée légale de conservation retenue en pratique est toujours la plus longue des deux, soit 10 ans. Ces règles ne datent pas de la réforme de la facturation électronique applicable à partir de 2026 : elles existaient déjà pour les factures papier et s'appliquent désormais aussi à leurs factures dématérialisées.
Quelles sanctions en cas de non-respect de la durée d'archivage ?
Le Code général des impôts prévoit des sanctions financières en cas de non-respect des obligations de la réforme de la facturation électronique, qui incluent indirectement un archivage défaillant susceptible d'empêcher l'entreprise de présenter ses factures lors d'un cas de contrôle fiscal. Le défaut d'émission d'une facture sous forme électronique peut donner lieu à une amende de 50 € par facture, plafonnée à 15 000 € par année civile ; le non-recours à une plateforme agréée peut, après mise en demeure infructueuse, donner lieu à des amendes progressives de 500 € puis 1 000 € par période de trois mois de non-conformité. Ces sanctions prévues par la loi s'appliquent en principe aux factures émises à compter du 1er septembre 2026, un décret pouvant toutefois fixer une date d'entrée en application ultérieure, sans pouvoir dépasser le 1er décembre 2026 : à la date de rédaction de cette page, la publication effective d'un tel décret de report n'a pas pu être confirmée, d'où la prudence de cette formulation plutôt qu'une affirmation certaine sur la date exacte.
Comment archiver une facture électronique au format Factur-X, UBL ou CII ?
Le format de la facture électronique ne change pas les obligations d'archivage : qu'il s'agisse d'une facture au format Factur-X, d'un fichier structuré UBL ou CII, les mêmes critères d'authenticité, d'intégrité et de lisibilité s'appliquent pendant toute la durée légale de conservation. Une plateforme agréée correctement immatriculée propose généralement une fonction d'archivage à valeur probante intégrée, ou s'interface avec un prestataire d'archivage électronique dédié. Pour les factures fournisseurs numérisées ou reçues par OCR, le même principe s'applique : le document numérisé ou la facture électronique reçue doit être archivé dans des conditions garantissant sa valeur probante, pas seulement stocké dans un dossier partagé de l'entreprise.
Qui est responsable de l'archivage et des obligations légales : l'émetteur ou le destinataire ?
Chaque entreprise doit conserver de son côté les factures qu'elle émet et celles qu'elle reçoit : l'obligation d'archivage pèse à la fois sur l'émetteur de la facture et sur son destinataire, chacun pour sa propre comptabilité. Une plateforme agréée qui transmet une facture électronique entre un fournisseur et son client n'exonère aucune des deux parties de son obligation propre d'archivage légal : elle facilite la conservation, sans s'y substituer entièrement, sauf mandat contractuel explicite confié à un tiers archiveur. C'est un point à vérifier dans le cadre de la réforme et dans la checklist de mise en conformité avant de considérer son archivage comme réglé : les règles d'archivage et les obligations légales qui en découlent s'appliquent à chaque étape de la vie de la facture, de son émission jusqu'à la fin de sa conservation.
Ce site n'est affilié à aucun prestataire d'archivage ni à aucune administration : il ne garantit ni conformité automatique ni éligibilité. Pour être aidé à trouver une solution d'archivage conforme adaptée à votre entreprise, une mise en relation reste possible. Retour à la vue d'ensemble de la dématérialisation des factures.
Rédigé par la rédaction dematerialisationdesfactures.fr, en savoir plus sur l'éditeur du site. Contenu informatif, non constitutif d'un conseil juridique ou fiscal personnalisé.
Sources
- Légifrance, Article L102 B - Livre des procédures fiscales (conservation fiscale, 6 ans), consulté le 23/09/2026.
- Légifrance, Article L123-22 - Code de commerce (conservation commerciale, 10 ans), consulté le 23/09/2026.
- Légifrance, Article 289, V - Code général des impôts (authenticité, intégrité, lisibilité), consulté le 23/09/2026.
- Légifrance, Article 1737 - Code général des impôts (sanctions et date d'entrée en application), consulté le 23/09/2026.
- Direction générale des Finances publiques, « Je découvre la facturation électronique », consulté le 23/09/2026.
